19 mai 2009
Je ne fais que passer...

06 mai 2009
Va t'en
Je suis à présent convaincue que l'art n'est qu'un catalyseur d'émotions.
Je me demande si je vais arrêter d'écrire et plus précisément si je vais arrêter de t'écrire à toi. Ces derniers temps je préfère parler de musique c'est moins exigeant, moins contraignant. Je me demande si je ne vais pas supprimer ce blog. M. me dit que c'est une bonne chose que je ne parle plus de moi, c'est moins égocentrique. Je l'approuve sur ce point. Cela me permet aussi de suspendre des critiques que je m'adressais sans cesse : une écriture fragmentaire, floue, des effets de style inutiles et lourds, aucune construction, aucune évolution et beaucoup de problèmes de syntaxe. Finalement je me reproche d'écrire du vent.
Cet égocentrisme imposé finit de m'emmurer puisque je ne peux pas transgresser ma pudeur et écrire ce que je veux vraiment te dire, en somme cette écriture m'accule à des circonvolutions idiotes. J'ai pensé à ouvrir un autre blog anonyme qui aurait théoriquement levé la barrière de la pudeur et après plusieurs mois de réflexion je m'y refuse. Car ce qui me semble finalement le plus voyeur c'est l'écran et l'anonymat: cela m'aurait encore plus gêné. L'écran ne s'ouvre pas comme un livre, il est absolument béant, avide et cru; lumineux et mécanique. Un livre c'est intime, on peut l'ouvrir un peu, à moitié, aux trois quarts... Un livre, il chuchote.
Avec ce blog j'aurais donc fait l'expérience de lâcher mes plumes un temps pour écrire avec un clavier. Maintenant que je sais le faire je retourne à mes carnets et à mes plumes, à mes maniaqueries au sujet du papier, de l'encre et des contextes d'écriture. Je vais retourner emmerder les bouquinistes au sujet des éditions de Meyrink qui ne me plaisent jamais, des Michaux trop cornés, des Gide qui leur manquent, et qui sont ils pour ne pas connaître Maïakovski et comment ça vous n'avez pas de Paperblanks, je me fous de Moleskine, ne me parle pas de Nothomb, Kundera oui c'est ça, Léviathan de Green m'a fasciné, je déteste les pockets...
J'aime les papiers denses, lignés mais surtout sans carreaux, j'aime les papiers un peu rugueux qui fixent bien l'encre. Il faut un petit soufflet, toujours un petit soufflet pour les cartes, le hasard et les tickets griffonnés à la va-vite. J'aime les plumes, les vieilles, celles d'aigle particulièrement. Elles imposent une écriture nerveuse et acérée, ça ne pardonne pas. C'est presque l'écriture au couteau. J'écris toujours en rouge: le rouge c'est l'intensité.
J'aime écrire dans les cafés bondés ou dans les trains: anonyme et dans un lieu de transit. Paris est de loin ma ville préférée pour écrire parce qu'on n'est nul part plus anonyme qu'à Paris.
Je clotûre donc les Hurloirs ici. Merci à tous ceux qui m'ont suivi.
Vous pouvez me retrouver sur www.sayyeah.canalblog.com pour parler de musique !
14 avril 2009
Archive: En collant l'oreille sur l'appareil...
Note sans intérêt du premier mars... Je la supprimerai certainement
Say Yeah, webzine musical est maintenant lancé. Avide, je lis, regarde des films, me rend à des vernissages, admire des tas de photos, ingurgite des quantités de musiques astronomiques. Je participe aussi à quelques heures d'écriture peu convaincantes en compagnie de dames qui ont assurément toutes connues mai 68. Salement repenties, elles font aujourd'hui bailler même le chien. Ennuyée, je ponds un texte sur une vieille qui n'aime personne sauf Tom Waits et Iggy Pop, qui boit beaucoup de whisky et qui trouve un pic à glace sur sa table. On applaudit: ça ne me dit rien de bon qui vaille... Et après ?
Pauline, l'étrangère douloureuse m'habite toujours depuis des mois. Pauline c'est une blonde glaciale, étrangère, avec un cul d'enfer, avec un accent de l'est et pleine de silence. Jeanne la vieille foldingue n'aime rien ni personne sauf Iggy Pop, Tom Waits et le whisky. Il y'a aussi ce type un peu louche, on le voit parfois au bistrot entre 07h00 et 07h30. Une enfant aussi et ses parents., Une autre fille qui a à peu près l'âge de Pauline: complètement déjantée, toujours joyeusement au bord du précipice, drôle et insolente, elle danse avec un grave entrain. Ils vont tous dans le même bistrot.
Et après ? Après ça fait des années que je ne veux pas écrire. La plume rend associable et mange l'âme. Ecrire exige toujours de donner de son âme, de ses pensées, de son intimité, de sa vie. Mais c'est plus fort que moi: j'y reviens toujours. J'ai attrapé le virus vers douze ans je crois. J'écrivais de la poésie pour tromper l'ennui. Souvent ennuyée, il m'a fallu beaucoup écrire. Deux ans plus tard, j'écrivais presque huit heures par jour: c'est te dire si je m'ennuyais ! Intoxiquée de mots j'ai presque tout à fait cessée pendant trois ans et j'ai repris de plus belle. Et plus de deux mille pages plus tard, je suis là à te raconter ça.
Archives: Les Touches
Je publie quelques notes sans grand intérêt qui restaient dans mes brouillons. Je les supprimerai peut-être plus tard
Pour certaines amnésies il n'y a que la musique qui arrive à me rappeler des choses: des photos qui demeurent insensées, des sensations anonymes ou des émotions dépossédées. Un parfum mais lequel ? C'est un truc à la mode, pas Lacoste, je pense toujours à ça mais ce n'est pas ça. Paco Rabane ! Mais lequel ? Ca sent le jaune. Une banane bleue je crois. Lacoste. Du vert. Le vent frais de l'été. Peugeot. Un regard. Froid, j'ai froid. Des regards. "Cherche encore plus loin". Un monochrome de noir, un court-circuit noir tout compte-fait. Des bribes: c'est comme une boule de papier d'aluminium que tu aurais serré de toutes tes forces un jour et que essaierais de défroisser plus tard sans la déchirer: tu n'y crois pas, puis tu y crois, tu te concentres et invariablement tu déchires le papier.
Quelques semaines plus tard, deux ou trois semaines peut-être j'écoutais "Popular" de Nada Surf et l'album KLR du Saïan Supa Crew. Campagne. Je mets toujours un spray dans mes cheveux qui sent la pomme, ça m'évoque l'été, le vent qui crée des tempêtes la nuit, et la pluie qui fait déborder le lit de la dordogne. Après c'est Puiselet, Nemours, Alby. Je fais du trapèze et du rouleau américain. Je découvre Saez, ça me parle, c'est encore l'été. On fait du cerf-volant et on mange bio, on fume bio. Je me renseigne sur Proudhon et je trouve ça intéressant. C'est partout l'anarchie. Je veux te dire "merde".
Et puis c'est l'année de troisième: année de silence. Ah ! et puis M., on écoute Moby. L'été de mes quinze ans: impérissable. D'ailleurs en ce moment je lis Le Blé En Herbe de Colette et ça me rappelle des choses. Philippe est un personnage intéressant.
28 mars 2009
Une note pour ne rien dire
J'ai fait beaucoup de tri, supprimé les deux tiers des notes publiées et j'en supprimerai certainement encore. Je laisse quelque peu Les Hurloirs à l'abandon ces derniers temps au profit de Say Yeah. Ce cadre noir et ce rouge sang ne me conviennent plus. J'en ai fini de revendiquer le nu et la révolte. J'en ai fini de revendiquer quoi que ce soit aux murs sourds. Pourtant la révolte demeure, comme une incise virulente au silence. Les cris reviendront clairs et dissonants, ici ou ailleurs, plus forts, plus violents mais j'ignore quand.
16 mars 2009
Va-et-vient de l'innocence
C'est insensé comme on accorde aux pensées instantanées une valeur définitive. Si tu rétorquais "on est un con" j'adhérerais sur le champ.
Ce soir, planquée au fond d'un train je pensais à cela et j'ajoutais "foutaises !" puis je revins. Je reproduisais tout à fait le mouvement d'une pensée: elle s'en va et elle revient jusqu'à ce moment où elle détournera encore les talons pour qu'on les entendent chaque fois claquer au demi-tour. La pensée est comme une femme indécise - et l'inverse est rarement valable. Je nommais ce mouvement de pensée comme une femme: Céline. Céline, dans mon esprit. Céline claquait des talons. La pensée du moment, toute en courbes, avait des reflets écru et rouge sang et figurait l'opposition de l'indolence et de la violence. Le contraste saisissant du bichrome m'éblouissait.
Enfant, j'étais bavarde pour le rien et muette pour le tout, animée par de vives émotions que j'étais incapable de verbaliser. Ne sachant ni lire ni écrire, je retenais mes pensées en les figurant par des mouvements, des formes, des couleurs et des sons. Ainsi, je visualisais la joie comme une effusion soudaine jaune vif et les voix s'animaient dans mon esprit. Pour la colère, une succession d'éclairs rouge sang et bleu gris se succédaient avec tumulte dans un silence effroyable.
Aujourd'hui encore, je retiens les choses de cette façon: j'associe les concepts, les émotions et les souvenirs de même nature dans la même palette de couleurs, de formes et de sons pour mémoriser plus facilement les idées et posséder des gammes d'associations de concepts plus larges qu'en associant uniquement des mots. Par exemple, Münch dans mon esprit est aussi associé au gothic métal car les émotions provoquées par "Le Cri" et sa gamme de couleurs, de formes et l'emploi du couteau m'évoquent les chants lancinants, la forme rythmique et l'alliance du chaud et du froid de ce style musical.
Incapable de nommer ces émotions, elles me submergeaient et me coupaient du reste du monde qui m'agressait. J'aspirais à la douceur et au calme mais le mouvement perpétuellement agité autour de moi répudiait ces aspirations sans ménagement. Aussi, durant mes quinze premières années, durant ce temps, la violence opérant une escalade vertigineuse , je me montrais abrupte, renfermée et farouche. Puis Céline claqua des talons: j'allais vers la douceur et l'indolence. On m'apprivoisait.
Récemment, les talons de Céline produisirent ce même mouvement. Aussi durant de longs mois je n'exprimais plus guère de sentiments, je m'isolais et écrivais frénétiquement.
En somme, j'ai ces six derniers mois, rajouté encore quelques deux cents pages aux deux milles précédentes. Pages en l'air: pages inutiles qui me servent à peine à justifier les allers-retours perpétuels de Céline qui d'allers en allers et de retours en retours, ne me revient jamais identique. A peine j'accumule des personnages et des partis pris: maigre justificatif d'un vaste gâchis de papier et de mots qui à être trop régulièrement employés deviennent des lieux communs vulgaires.
Les paysages défilaient donc depuis le train et je songeais toujours. A de nombreux jeux j'ai déclaré solennellement, dans une pensée instantanée, que je ne jouerai plus. Brûlée vive, on ne m'y reprendrai pas. C'est à croire que je jure mieux pour les insultes que pour les promesses !
Ainsi, ce mouvement perpétuel de pensées que je nomme Céline m'avait fait dire deux choses: qu'il n'y a jamais rien de mieux répandu que les confidences et qu'à trop s'incliner de l'avant, amoureusement aveuglée, on tombe sur la tête. L'homme raisonnable dit d'ailleurs au fou "mais tu es tombé sur la tête", ce que je m'étais dit juste avant de jurer ne plus tomber pour qui que ce soit...
Mais, Céline est une femme indécise qui va et vient au gré du hasard. Ainsi je me surprends à éprouver parfois, combinés: l'innocence, de l'insouciance pour les promesses giflées et du goût pour le présent.
02 février 2009
Non-Dit
Inspiration prométhéenne: ce qui est détestable dans l'écriture c'est que cela mange l'âme comme l'aigle un foie chaque matin: cela affaiblit le foie et enrichit l'aigle.
Souvent, ces derniers mois, je marchais droit devant moi, pressée, précédemment heurtée, et néanmoins pas trébuchante au brin (car le muguet naît en mai).
Inspirée d'aphorismes empiriques récents, je traitais de pied ferme des inclinations qui ne me feraient pas plier. Je riais, oh comme je riais ! acerbe et cynique. Je savais comme le roseau peut plier pour ne pas casser et sachant cela, liquide et désinvolte, je m'immisçais dans les plis d'espace et dans les creux de temps. Je parcourus ainsi des centaines de kilomètres en quelques mois et fis autant de rencontres. Durant des heures à travers plusieurs visages, les voix se multipliaient et répétaient toutes cette même chose: "tard la nuit, je suis seul". Me souviendrai-je de tous les visages et de tous les prénoms ? Assurément non. J'étais anonyme et traversante. Touchée par le propos général mais touchée généralement, comment te dire, j'étais comme touchée par empreinte et aussi, demeurais apathique.
Et puis je rencontrais une personne qui partait et le nombre de kilomètres qui nous séparait n'avait d'égal que mon inclination à son égard. Je m'éveillais vivement. J'aurais voulu lui dire "tard la nuit, je suis seule". Mais en vain, ébranlée, je ne parvins qu'à grande peine à dire "au revoir".
25 janvier 2009
Nouveau webzine musique à paraître bientôt

Afin que les vidéos Youtube cessent d'envahir ce fanzine, la catégorie musique déménagera bientôt. Un nouveau webzine dédié à la musique verra donc bientôt le jour à cette adresse: www.sayyeah.canalblog.com.
Comme d'habitude, je souhaite qu'il soit éclectique. La ligne sera principalement rock, électro et folk.
Si venir écrire avec moi vous tente n'hésitez pas à me contacter !
Mail: suuzanna@hotmail.fr
23 janvier 2009
Knights of nights: the f*** disorder

Traces sonores d'une nuit à venir.
S'aventurer loin pour aller fermement ailleurs: se coller de l'émotion plein les veines. Je n'arrive pas à te parler aujourd'hui,je ne trouve pas le ton, j'ai envie de dire des choses que je trouve idiotes mais même de ça je n'ai pas envie de t'en parler. Plus tard, oui plus tard peut-être...
Nonobstant, je remarque que je ne poste que de la musique électro en ce moment mais rassures toi: oui j'écoute encore du jazz, oui j'écoute encore de la folk, du rock etc... mais je n'y découvre rien en ce moment (sauf Pharoah Sanders en jazz dont je n'arrive pas à parler).
Danger- "11h30" (data remix)
11 janvier 2009
Michaux-Extrait de "La Nature Fidèle à l'Homme"

"Non, il est sans exemple qu'éclairée par un grand feu de bois l'obscurité tarde à s'en aller, ne s'en aille que nonchalamment et comme à contrecoeur. C'est sur des points pareils que l'esprit humain assoit sa sécurité et non sur la notion du bien ou du mal.
Non seulement l'eau est toujours prête à bouillir, et n'attend que d'être chauffée, mais l'océan lui-même, au comble de sa fureur, n'a de forme que celle de son lit qu'un continent affaissé l'oblige d'occuper. Le reste est égratignures du vent".
26 décembre 2008
Can't remember everything
Pour l'amnésie je note que certaines choses sont des facteurs déclencheurs de souvenirs: les lieux, des r
egards, des odeurs, la musique. Parfois je me souviens d'images mais c'est comme si je voyais des photos insensées: elles se succèdent et je suis sur ces photos indéniablement mais rien n'y est rattaché comme si je voyais quelqu'un d'autre. Aucune émotion, aucune sensation n'y est attachée et surtout ces photos n'ont pas de sens. Parfois des sensations anonymes reviennent, je m'en souviens comme si ce souvenir ne m'appartenait pas, comme si je faisais acte d'empathie. Parfois ce sont des émotions qui m'envahissent. Parfois des odeurs profondes, parfois des couleurs fortes. Jamais de sons, jamais un mot. Toujours, toujours le silence. Parfois, j'arrive à me souvenir de détails, c'est rarement des flashs à présent. C'est comme si je ne l'avais jamais oublié, pourtant ça prend souvent des semaines voire des mois pour se souvenir.
Un
parfum mais lequel ? C'était un truc à la mode, pas Lacoste, je pense
toujours à ça mais ce n'était pas ça. Paco Rabanne ! Mais lequel ? Je crois que c'était XS. Je ne suis jamais sûre quand je crois me souvenir, je doûte constamment. Avant de valider le souvenir comme réel ça prend encore des semaines. Je crains de me tromper. Ca
sentait le jaune. Une banane bleue je crois. Lacoste. Du vert. Le vent
frais de l'été. Peugeot. Un regard. Froid, j'ai froid. Des regards.
Une voix intérieure chuchote: "cherche encore plus loin". Un monochrome de noir, un court-circuit
noir tout compte-fait. Plus rien. Ca finit toujours comme ça, je n'arrive pas à me concentrer. Je sais que je me souviens mais mon esprit fait barrière.
Des bribes: c'est comme une boule de papier
d'aluminium que tu aurais serré de toutes tes forces un jour et que
essaierais de défroisser plus tard sans la déchirer: tu n'y crois pas,
puis tu y crois, tu te concentres et invariablement tu déchires le
papier.
Tu es en train de rêver que tu cours, tu voudrais courir de toutes tes forces, tu contractes tes muscles, mais tes jambes ne bougent pas...
13 décembre 2008
Ecriture Pulmonaire: Run Faster !

Cours respire court sens cours encore inspire fort ressens jusqu'à l'essoufflement cours
plus vite.
Et s'il ne vient pas alors cours encore expire court fort ressens danse cours encore plus vite
presse toi.
A peine le temps de prendre le temps et si une vie c'est trop court alors prend le front des 36 et cours encore respire bien à fond et
vibre.
Et si au front de 36 vies à 160 pulsations tu te dis que tu es fatigué et que tu aimerais dormir tu n'avais pas assez de
rêves à vivre.
Je brûle de parcourir le monde dix fois de parler mille et une langues de devenir astronaute écrivain président boulanger en somme exercer tous les métiers du monde connaître plusieurs millions de destinées et autant d'amours de passions de déceptions de vivre un milliard de nuits blanches et
voir autant d'aubes et d'averses.
Ce qui est d'intéressant dans ce texte c'est simplement que le manque de ponctuation impose l'essoufflement. Le sens du texte est donc présent au travers des mots et l'émotion correspondante est transmise par le défaut de ponctuation.
09 décembre 2008
Suite de "Silent Alarm"-Les évasives

Pauline et moi, nous voyions de plus en plus souvent. C''est comme ça: je vois l'étrangère. Les mains graciles, des cheveux blonds très courts à la Jean Seberg et un cul terrible, elle aime le whisky. Je discerne les frontières d'un autre monde,sans pouvoir déterminer ce qui est différent chez Pauline. J'en ai pourtant vu d'autres: des rondes, des gracieuses, des emmerdeuses, des barrées, des qui fuyaient je ne sais où, et même des femmes fatales, des excessives, celles d'un cri, celles qui promettaient, celles de la frustration jusqu'à celles qui m'intimidaient.
Elle a souvent cette manie quand elle rit de se pincer les lèvres comme si elle fautait et puis elle se recoiffe aussi, souvent, d'un air détaché. Je ne saisis d'elle que ces incessants fragments d'éphémère.
Hier, je dois t'avouer que je l'ai vu. Comme d'habitude, nous avions rendez-vous au coin de la rue Cointreau. A peine je sortais de l'usine, elle était là qui m'attendait, l'air de ne pas attendre, cet air qui te dit nonchalamment qu'on ne t'a pas attendu pour commencer à attendre.
C'est un cérémonial bien réglé: elle fait mine de ne pas m'attendre, adossée de toute sa hauteur contre la vitre de l'arrêt de bus, la tête baissée, l'esprit affairé, loin. Alors, je lui rend sa mine que je m'en fous. Invariablement, je me dirige vers elle, je vais jusqu'à lui saisir le bras pour qu'elle réalise que je suis là. Elle sourit.
Quelques heures plus tard...(peut-être à suivre...)
Photo de Peter Lindberg
28 novembre 2008
Silent Alarm

J'entendais cette musique. Les sons électriques firent naître les couleurs et s'animer les images. Je tressaillis. Pauline était étrangère.
"Je revenais de voyage, arrivée à destination, je compris soudain que j'étais vraiment partie".
Elle trempait un biscuit dans son café en me disant cela. Elle me parlait sans vraiment y prêter attention, évasive. J'écoutais l'horizon qu'elle projetait comme on lance une canne à pêche. Elle regardait au loin, tantôt à gauche, tantôt à droite. J'étais pourtant tout à fait en face d'elle, on ne pouvait pas faire plus en face que ça. Je demeurais pendue à ses regards pendant tout ce temps où elle parlait. Elle me happait. On aurait dit qu'elle venait d'un autre pays, d'une autre vie peut-être, assurément d'un autre siècle. Elle me disait toujours comme elle se sentait bien ici. Fascinée, je dodelinais de la gravité de sa mémoire à la légèreté de ses propos. De temps à autre, elle serrait les poings. C'était tout ce que je pouvais deviner de sa vie passée: elle serrait les poings.
Elle avait à présent terminé son café et commençait à frissonner. Son regard était très expressif, elle avait toujours cette lueur étrange à l'intérieur, tellement étrange qu'on eut pu croire qu'elle provenait de l'arrière de sa tête et qu'elle lui traversait le crâne.
Agitée, soudain agitée, elle appela le serveur de sa voix rauque, gueularde. Je m'entendis la devancer et demander deux autres allongés, allongés pour repousser le départ.
La première fois qu'elle me déboussola je crois que c'était un mercredi du mois de novembre. On pourrait dire qu'il était seize heures. Je n'oublierai pas ça. On riait de tout et de rien , réciproquement surprises de se comprendre aussi bien. J'avais toujours cette fâcheuse habitude de cacher mon visage quand je riais: je baissais la tête. Cette fois là comme toutes les précédentes: je baissais la tête. Quand je la relevais, Pauline me fixait, la face grave. Il y'eut un silence de ceux qui sont très sonores. Je continuais de la fixer, en attendant je ne sais quoi quand elle me sourit sincèrement. Je lus dans ses yeux ce que je ne peux pas te répéter. C'était entre elle et moi et c'était d'ailleurs très beau parce qu'on ne se le disait jamais. Un peu surprises et ne sachant pas trop quoi faire nous rîmes, nous payâmes et nous partîmes.
Tableau de Klimt
19 novembre 2008
Message numéro 100

Tiens au fait puisqu'on en est là,passons au chapitre quantitatif:centième message et un an que ce blog à quatre visites par jour (quoique maintenant il y'en a plus...) tient le coup. Alors quelles orientations choisir pour la suite ? J'en sais foutrement rien. Ici c'est de la désorientation plus que de l'orientation et de façon générale c'est comme ça que je trouve mon chemin, toutes les routes mènent à ...
J'aimerais parler un peu plus de littérature, publier davantage de textes mais ça prend du temps et le temps, on court tous après. Pourtant, des textes, j'en ai pas mal de nouveaux, des petites notes jetées en l'air comme ça, pour rien, par paresse d'écrire plus longtemps... J'ai aussi lu beaucoup de livres et j'ai aussi un projet un peu plus abouti de lettres/nouvelles absurdes enfin tout ça est encore en germe et j'aurai pas pondu ce pavé avant quelques années. Autant te dire que je ne sais pas si ce blog existera encore mais ce n'est pas grave, peu importe: tu iras ailleurs et moi aussi. On finira un verre de bon whisky à la main dans un fauteuil en croûte élimé vert à savamment maugréer. Quand je serai grande, je serai associable et je voterai à droite. En cas d'excès de whisky je voterai même à droite de ma droite; mais le whisky fait que t'es rond et que tout tourne donc la droite de la droite finit par être la gauche. Bref ! J'aimerais souvent être moins correcte et polie mais si je publie quelque chose d'obscène ou de violent on va toujours croire que c'est de moi ou que c'était une sorte de message et c'est irritant de se justifier sans cesse, je n'aime pas ça.
The Kills- "URA Fever"
01 novembre 2008
PJ Harvey:To bring you my love/B. avait raison
Cette nuit je suis tombée amoureuse de cette chanson, amoureuse de PJ Harvey encore et toujours... J'ai quelques héroïnes féminines rock en tête que j'aime beaucoup: Janis Joplin, Patti Smith et PJ Harvey.
J'aime ce rythme obsédant de la guitare électrique et cette voix si spéciale, si dure, lo-fi, qui scande :
"And I've traveled over
Dry earth and floods
Hell and high water
To bring you my love"
Il y'a trois ans B., mon ancien patron, qui m'a fait découvrir Archive, Happy Mondays et Joy Division me disait "tu aimeras PJ Harvey" et je ne l'écoutais pas. On pouvait passer des heures tard dans la nuit, après la foule, après les odeurs de panique, après le chaos, à parler de tout et de rien. Quelques verres et des volutes, le calme après la tempête et nous assis à parler... Il me disait souvent des choses que je refusais d'entendre. J'étais pleine de certitudes sans en avoir conscience. Aujourd'hui j'ai compris que les certitudes sont, comme certaines musiques, en trois temps: d'abord on a des certitudes sans en avoir conscience et c'est rassurant, ensuite c'est en prenant conscience de ses certitudes qu'on en doûte le plus et c'est angoissant et puis alors on n'a plus de certitudes et on avance à l'aveugle, jamais très sur de faire les bons choix, c'est l'acceptation et on avance...
Aujourd'hui je le sais: "B. tu avais raison... raison sur tant de choses !"
30 octobre 2008
La jetée sur l'horizon
On attend toujours quelqu'un, peu importe qui, simplement quelqu'un. Ce qui importe ce n'est pas qui, c'est la rencontre. Tout le monde attend quelqu'un, attend de dire: "ah oui toi aussi tu m'attendais
?"-"Oui, je t'attendais".
Tout m'évoque la rencontre: ce regard qui dit "bonjour" avec cette main qui se lève et quelqu'un qui dira "je m'en vais" avec cette main qui claque dans l'air. Destinées arbitraires. Et ce train qui est parti c'est celui qui déraillait tu sais, en juillet, sous la pluie battante. Il faisait nuit. J'ai marché longtemps, j'ai même cru que je ne marcherai plus. Et puis sans qu'on sache trop pourquoi, c'est bien toujours pareil, le jour est venu. Je suis montée dans un autre train. Celui-là roule à toute allure, celui-là je le conduis à présent, et de celui-là j'en descendrai pour en prendre un autre. Sans cela le temps ternirait les jours. Je suis à présent heureuse que le train précédent ait déraillé, j'y étais trop bien assise, trop triste et je m'y ennuyais.
Tout ça pour te dire que n'est pas venue cette rencontre que s'impose déjà le départ. Je m'offusque encore de ce que le cours des événements soit toujours si éphémère et absurde. Tu pars. Alors bien sûr je te reverrai mais j'entendais quand même cette voix qui disait "merde, on a peu de temps". Quand tu partiras je te dirai: "je sais que tu t'en vas, tu fais partie de ceux qui sont fait pour traverser les existences, tu t'arrêtes, distraite et nonchalante, pour les bouleverser. Alors puisque je sais que tu t'en vas, vas-t'en maintenant. Tu m'importunes. Sois heureuse, trouves la paix et à bientôt".
On peut entendre dans cette rencontre qu'on attend l'amitié, l'amour, souvent l'indéfinissable. Peu importe.
J'aime les cafés bondés et très bruyants, agités, vivants en somme. Je suis cette anonyme qui passe. Celle dont on dira "celle qui... " parce qu'on ne connaît pas son nom.
J'aime
les gares bondées, bruyantes, le jour. J'aime les trains pleins de
visages ensommeillés, troublés par les échos des conversations, éclats
de rire étranglés: je me tiens en retrait, silencieuse. Je suis celle
qui veille.
Elle faisait partie de ceux qui traverse. Moi aussi. On s'est rencontré à un carrefour, sans trop savoir comment, ni pourquoi. Et on s'est regardé, on s'est parlé, pour les mêmes motifs. C'était dans ces cafés bruyants, ces discussions sans fins. C'était au fond de ces trains qui ne mènent pas loin: je la regardais dormir.
Mais n'oublies pas que je t'attends.
On attend tous quelqu'un, on attend toujours quelqu'un. On attend, tous autant qu'on est, de rencontrer quelqu'un. J'attends la personne qui me fera dire: "qui es-tu ? Je t'attendais ."
Photo de Robert Doisneau
15 octobre 2008
Coup de foudre
Mon coup de foudre cette nuit c'est une chanson de Cold War Kids. Quatre minutes qui me font songer à ce que je ne suis pas qu'une grosse pierre froide, quatre minutes qui représentent bien ce que je ressens cette nuit. Parfois l'émotion sort de nulle part, et se saisis de qui passe part là. Cette nuit c'est moi.Peut-être que toi aussi cette musique te touchera ou peut-être que non, pas du tout et alors tu passeras. Qui sait ? Je ne sais pas. Je me laisse soudain déborder, envahir, peu importe ce que tu en penseras, je dis "merde" et puis je vis. Demain je serai fatiguée et je me dirai "c'est n'importe quoi de dormir trois heures par nuits", je vis, alors tant pis. Je dévore chaque instant, avide. S'il y'a des nuits c'est parce qu'il y'a des jours. Dans les moments de doûte cette pensée m'apaise.
08 octobre 2008
Henri Michaux- "La Ralentie"

Introduction à la littérature de Henri Michaux: il est de ces auteurs difficilement abordables comme Mallarmé, Breton ou Michaux parce que le sens ne se dévoile qu'après la sensation. Pour comprendre Michaux il faut percevoir qu'il s'introduit en toutes choses pour sculpter la sensation unique. Ainsi, il faut s'immiscer dans les sensations avec lui, accepter de ne d'abord pas comprendre pour pénétrer le récit, lui faire assez confiance pour se donner à lui sans réserves: nécessairement écouter les sons et les sensations appellées plus que le sens. J'élabore à ce point précis ma parenthèse rituelle: si pour la grande majorité des livres c'est l'auteur qui donne chair et sang avec ardeur, unilatéralement, puisque le lecteur prend, s'enrichit, sans rien donner, pour Michaux il n'en est rien. Si le lecteur ne se donne pas alors il ne peut comprendre. Michaux est un de ces rares auteurs à ne pas faire le don de soi gratuitement mais à exiger l'échange pour l'enrichissement ce qui est assez rare pour mériter d'être notifié.
Les mots de Michaux sont une littérature abstraite (de la prose poétique selon moi), et si je plonge à toutes forces dans ses abstractions c'est qu'à s'investir dans tout objet qu'il imaginait, un jour je devins moi-même la mer et débarquais sur ses côtes osseuses.
"Ralentie, on tâte le pouls des choses; on y ronfle; on a tout le temps; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On n'a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu'on sait. On n'a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle. On est, on a le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d'air. On a le sourire du sabot. On n'est plus fatiguée. On n'est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n'a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son oeuf, on a posé ses nerfs..
Quelqu'un dit. Quelqu'un n'est plus fatigué. Quelqu'un n'écoute plus. Quelqu'un n'a plus besoin d'aide. Quelqu'un n'est plus tendu. Quelqu'un n'attend plus. L'un crie. L'autre obstacle. Quelqu'un roule, dort, coud, est-ce toi, Lorellou ?
Ne peut plus, n'a plus part à rien, quelqu'un.
Quelque chose contraint quelqu'un.
Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu'un n'aime pas ses compagnons de voyages. N'a pas choisi, ne reconnait pas, ne goûte pas.
Princesse de marée basse a rendu ses griffes; n'a plus le courage de comprendre; n'a plus le coeur a avoir raison.
...Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c'est vous. Le ciel est noir et c'est vous. Le verre casse et c'est vous.
On a perdu le secret des hommes.
Ils jouent la pièce "en étranger". Un page dit "Beh" et un mouton lui présente un plateau. Fatigue ! Fatigue ! Froid partout !
Oh ! Fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?
On a son creux ailleurs.
On a cédé sa place à l'ombre, par fatigue, par goût du rond. On entend au loin la rumeur de l'Asclépiade, la fleur géante.
... ou bien une voix soudain v
ient vous brâmer au coeur.
On recueille ses disparus, venez, venez.
Tandis qu'on cherche sa clef dans l'horizon, on a la noyée au cou, qui est morte dans l'eau irrespirable.
Elle traîne. Comme elle traîne ! Ele n'a cure de nos soucis. Elle a trop de désespoir. Elle ne se rend qu'à sa douleur. Oh, misère, oh, martyre, le cou serré sans trève par la noyée.
On sent la courbure de la Terre. On a désormais les cheveux qui ondulent naturellement. On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l'ablette, on est soeur par l'eau et par la feuille. On n'a plus le regard de son oeil, on n'a plus la main de son bras. On n'est plus vaine. On n'envie plus. On n'est plus enviée.
On ne travaille plus. Le tricot est là, tout fait, partout.
On a signé sa dernière feuille, c'est le départ des papillons.
On ne rêve plus. On est rêvée. Sil
ence.
On est plus pressée de savoir.
C'est la voix de l'étendue qui parle aux ongles et à l'os.
Enfin chez soi, dans le pur, atteinte du dard de la douceur.
On regarde les vagues dans les yeux. Elles ne peuvent plus tromper. Elles se retirent déçues du flanc du navire. On sait, on sait les caresser. On sait qu'elles ont honte, elles aussi.
Epuisées, comme on les voit, comme on les voit désemparées !
Une rose descend de la nue et s'offre au pélerin; parfois, rarement, combien rarement. Les lustres n'ont pas de mousse, ni le front de musique.
Horreur ! Horreur sans objet !
Poches, cavernes toujours gr
andissantes. Loques des cieux et de la terre, monde avalé sans profit, sans goût, et rien que pour avaler.
Une veilleuse m'écoute. "Tu dis, fait-elle, tu dis la juste vérité, voilà ce que j'aime en toi." Ce sont les propres paroles de la veilleuse.
On m'enfonçait dans des cannes creuses. Le monde se vengeait. On m'enfonçait dans des cannes creuses, dans des aiguilles de seringues. On ne voulait pas me voir arriver au soleil où j'avais pris rendez-vous.
Et je me disais: "Sortirai-je ? Sortirai-je ? Ou bien ne sortirai-je jamais ? Jamais ?" Les gémissements sont plus forts loin de la mer, comme quand le jeune homme qu'on aime s'éloigne d'un air pincé.
Il est d'une grande importance qu'une femme se couche tôt pour pleurer, sans quoi elle serait trop accablée. A l'ombre d'un camion pouvoir manger tranquillement. Je fais mon devoir, tu fais le tien et d'attroupement nulle part.
Silence ! Silence ! Même pas vider une pêche. On est prudente, prudente.
On ne va pas chez le riche. On ne va pas chez le savant. Prudente, lovée dans ses anneaux.
Les maisons sont des obstacles. Les déménageurs sont des obstacles. La fille de l'air est un obstacle.
Rejeter, bousculer, défendre son miel avec son sang, évincer, sacrifier, faire périr... Pet parmi les aromates renverse bien des quilles.
Oh, fatigue, effort de ce monde, fatigue universel
le, inimitié !
Lorellou, Lorellou, j'ai peur... Par moments l'obscurité, par moments les bruissements.
Ecoute. J'approche des rumeurs de la Mort.
Tu as éteint toutes mes lampes.
L'air est devenu tout vide, Lorellou.
Mes mains, quelle fumée ! Si tu savais... Plus de paquets, plus porter, plus pouvoir. Plus rien, petite.
Expérience : misère; qu'il est fou le porte-drapeau !
... et il y'a toujours le détroit à franchir.
Mes jambes, si tu savais, quelle fumée !
Mais j'ai sans cesse ton visage dans la carriole...
Avec une doublure de canari, ils essayaient de me tromper. Mais moi, sans trève, je disais: "Corbeau ! Corbeau !" Ils se sont lassés.
Ecoute, je suis plus qu'à moitié dévorée. Je suis trempée comme un égoût.
Pas d'année, dit grand-père, pas d'année où je vis tant de mouches. Et il dit la vérité. Il l'a dit sûrement... Riez, riez petits sots, jamais ne comprendrez que de sanglots il me faut pour chaque mot.
Le vieux cygne n'arrive plus à garder son rang sur l'eau.
Il ne lutte plus. Des appa
rences de lutte seulement.
Non, oui, non. Mais oui, je me plains. Même l'eau soupire en tombant.
Je balbutie, je lape la vase à présent. Tantôt l'esprit du ma, tantôt l'événement... J'écoutais l'ascenseur. Tu te souviens, Lorellou, tu n'arrivais jamais à l'heure.
Forer, forer, étouffer, toujours la glacière-misère. Répit dans la cendre, à peine, à peine; à peine on se souvient.
Entrer dans le noir avec toi, comme c'était doux, Lorellou...
Ces hommes rient. Ils rient. Ils s'agitent. Au fond, is ne dépassent pas un grand silence.
Ils disent "là". Ils sont toujours "ici". Pas fagotés pour arriver. Ils parlent de Dieu, mais c'est avec leurs feuilles. Ils ont des plaintes. Mais c'est le vent. Ils ont peur du désert.
... Dans la poche du froid et toujours la route aux pieds.
Plaisirs de l'Arragale, vous succombez ici. En vain tu te courbes, tu te courbes, son de l'olifant, on est plus bas, plus bas...
Dans le souterrain, les oiseaux volèrent après moi, mais je me retournai et dis: "Non. Ici, souterrain. Et la stupeur est son privilège."
Ainsi je m'avançai seule, d'un pas royal.
Autrefois, quand la terre était solide, je dansais, j'avais confiance. A pr
ésent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s'effondre, tu sais bien.
Fatiguée on pèle du cerveau et on sait qu'on pèle, c'est le plus triste.
Quand le malheur tire son fil, comme il découd, comme il découd !
"Poursuivez le nuage, attrapez-le, mais attrapez-le donc", toute la ville paria, mais je ne pus l'attraper. Oh, je sais, j'aurais pu... un dernier bond... mais je n'avais plus le goût. Perdu l'hémisphère, on n'est plus soutenue, on n'a plus le coeur à sauter. On ne trouve plus les gens où ils se mettent. On dit :" Peut-être. Peut-être bien", on cherche seulement à ne pas froisser.
Ecoute, je suis l'ombre d'une ombre qui s'est enlisée.
Dans tes doigts, un cour
ant si léger, si rapide, où est-il maintenant,... où coulaient des étincelles. Les autres ont des mains comme de la terre, comme un enterrement.
Juana, je ne puis rester, je t'assure. J'ai une jambe de bois dans la tire-lire à cause de toi. J'ai le coeur crayeux, les doigts morts à cause de toi.
Petit coeur en balustrade, il fallait me retenir plus tôt. Tu m'as perdu ma solitude. Tu m'as arraché le drap. Tu as mis en fleur mes cicatrices.
Elle a pris mon riz sur mes genoux. Elle a craché sur mes mains.
Mon lévrier a été mis dans un sac. On a pris la maison, entendez-vous, entendez-vous le bruit qu'elle fît, quand, à la faveur de l'obscurité, ils l'emportèrent, me laissant dans le champ comme une borne. Et je souffris grand froid.
Ils m'étendirent sur l'horizon. Ils ne me laissèrent plus me relever. Ah! Quand on est pris dans l'engrenage du tigre...
Des trains sous l'océan, quelle souffrance ! Allez, ce n'est plus être au lit ça. On est princesse ensuite, on l'a mérité.
Je vous le dis, je vous le dis, vraiment là où je suis, je connais aussi la vie. Je la connais. Le cerveau d'une plaie en sait des choses. Il vous voit aussi, allez, et vous juge tous, tant que vous êtes.
Oui, obscur, obscur, oui inquiétude. Sombre semeur. Quelle offrande ! Les repèr
es s'enfuirent à tire d'aile. Les repères s'enfuient à perte de vue, pour le délire, pour le flot.
Comme ils s'écartent, les continents, comme ils s'écartent pour nous laisser mourir ! Nos mains chantant l'agonie se desserèrent, la défaite aux grandes voiles passa lentement.
Juana ! Juana ! Si je me souviens... Tu sais quand tu disais, tu sais, tu le sais pour nous deux, Juana ! Oh ! Ce départ ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Vide ? Vide, vide, angoisse; angoisse, comme un seul grand mât sur la mer.
Hier, hier encore; hier, il y'a trois siècles; hier, croquant ma naïve espérance; hier, sa voix de pitié rasant le désespoir, sa tête soudain rejetée en arrière, comme un hanneton renversé sur les élytres, dans un arbre qui subitement s'ébroue au vent du soir, ses petits bras d'anémone, aimant sans serrer, volonté comme l'eau tombe...
Hier, tu n'avais qu'à étendre un bras, Juana; pour nous deux, pour tous deux, tu n'avais qu'à étendre un doigt."
01 octobre 2008
Michaux- "Entre centre et absence"
Découvrez Mogwai!

C'était à l'aurore d'une convalescence, la mienne sans doûte qui sait ? Qui sait ? Brouillard ! Brouillard ! On est si exposé, on est tout ce qu'il y'a de plus exposé...
"Médicastres infâmes, me disai-je, vous écrasez en moi l'homme que je désaltère."
C'était à la porte d'une longue angoisse. Automne ! Automne ! Fatigue ! J'attendais du côté "vomir", j'attendais, j'entendais au loin ma caravane échelonnée, peinant vers moi, patinant, s'enlisant, sable ! sable !
C'était le soir, le soir de l'angoisse, le soir gagne, implacable halage. "Les grues, me disai-je, rêveur, les grues qui se réjouissent au loin de voir les phares..."
C'était à la fin de la guerre des membres. Cette fois, me disai-je, je passerai, j'étais trop orgueilleux, mais cette fois je passerai, je passe... Inouïe simplicité ! Comment ne t'avais-je pas devinée ? ... Sans ruse, le poulet sort parfait d'un oeuf anodin...
C'était pendant l'épaississement du grand écran. Je VOYAIS ! "Se peut-il, me disai-je, se peut-il vraiment ainsi qu'on se survole ?"
C'était à l'arrivée, entre centre et absence, à l'Euréka, dans le nid de bulles...
Autoportrait de Francis Bacon
